Je suis (j'étais) comme Matt Damon

Défiler

Il y a un mot que je me suis appliqué pendant des années, et c'était le mauvais.

Matt Damon, l'acteur connu et apprécié, a un jour été décrit ainsi par Ben Affleck, son meilleur ami de longue date : « Matt est un type formidable. Je l'adore. C'est mon meilleur ami. Il a été génial avec moi toute ma vie. C'est un type brillant. Mais je ne conseillerais à personne de vivre avec lui. Il a cette particularité… vous savez comment certaines personnes arrivent à faire complètement abstraction de certaines choses ? Je crois que c'est justement pour ça qu'il est un si grand acteur, parce qu'il arrive à se concentrer comme ça. Vous voyez ce que je veux dire ? L'une des choses dont il fait complètement abstraction, c'est l'idée qu'il faut laver ou jeter quelque chose quand on a fini de s'en servir. Après avoir passé des années à ranger derrière ce type, mon frère et moi avons fini par dire : “Tu sais quoi ? On se met en grève. On va juste attendre et voir combien de temps il tient avant de se lever et de se rendre compte : mon Dieu, je croule sous les ordures !” Et on a tenu des semaines – pendant deux semaines, on n'a pas levé le petit doigt dans l'appartement. Un jour, Casey et moi rentrons à la maison : Matt était assis en short et en t-shirt au milieu de ce qui avait été le salon, en train de jouer – je crois que c'était le jeu de hockey Sega de 92 –, littéralement entouré de cercles concentriques d'ordures. Des cartons de pizza… J'ai baissé les yeux sur une de ces barquettes de sushis qui traînait là depuis une semaine et demie, et il y avait des asticots dedans. Alors on a juste dit : “On abandonne. On capitule. Tu es trop fort. On ne fait pas le poids contre toi.” Et lui, tout décontracté : “Salut les gars, qu'est-ce qui se passe ?” Et nous : “Ce qui se passe, c'est qu'il y a un rat qui te grimpe dessus !” Mais vous savez, Dieu bénisse sa femme Lucy. Elle a assurément une place réservée au paradis. »

Je suis (j'étais) donc en bonne compagnie. Je l'ai utilisé comme on l'utilise ici : comme un mot un peu plus douillet pour dire « c'est le bazar chez moi ». Quelqu'un m'a d'ailleurs dit qu'après ça, il n'avait plus pu me regarder dans les yeux pendant un certain temps. Un peu d'autoaccusation, un peu d'excuse anticipée, au cas où quelqu'un sonnerait à l'improviste.

Car « Messie » n'est pas un adjectif. C'est une maladie.

Deux mots qui sonnent comme un seul

Le mot allemand « Messie » vient certes de l'anglais messy, mais il désigne tout autre chose. Un Messie souffre d'un trouble d'accumulation compulsive — doté depuis 2022 de son propre code dans la classification des diagnostics, CIM-11 6B24. Le cœur du problème n'est pas le désordre. Le cœur du problème, c'est qu'on ne peut pas jeter. Pas « on remet à plus tard », mais on ne peut pas. Rien que d'y penser provoque une véritable détresse.

En anglais, messy, ou plus explicitement slob, signifie : tu es bordélique. Tu ne ranges pas. Point. Pas de diagnostic, pas de code, pas de souffrance — sauf, à la rigueur, celle des colocataires.

Et voici la partie qui m'a vraiment surpris en me renseignant : les deux décrivent des mouvements opposés.

Trop d'attachement contre trop peu d'attention. Ce n'est pas la même chose à des degrés de gravité différents. Ce sont deux chantiers différents.

Ce que j'en retiens

J'en tire deux enseignements :

Le premier : celui qui se dit « Messie » - comme moi, par ignorance - alors qu'il est bordélique, se déclare malade plutôt que négligent — et quand on est malade, on n'y peut rien. C'est confortable, et c'est précisément pour cela que c'est dangereux. La négligence est plus inconfortable, mais c'est la vérité, et avec la vérité, on peut au moins travailler. (L'inverse est tout aussi vrai : celui qui accumule vraiment, ce n'est pas un « secoue-toi » qui va l'aider. Il a besoin d'aide, pas d'un planning de ménage.)

Le second : l'homme aux asticots dans les sushis a remporté un Oscar.

Et chez moi, ça s'est nettement amélioré. Je ne laisse plus traîner de restes de nourriture pendant des jours. Ce n'est sûrement pas encore parfait. Mais par rapport à avant, la voiture est rangée. Il y traîne certes des choses dont je n'ai pas toujours besoin, ou des choses que je dois faire réparer. Mais avant, j'y laissais traîner des emballages vides pendant des semaines.